Avez-vous déjà ressenti cette injonction pressante à s’aimer ? Ces petites phrases qui serinent ici et là qu’on ne peut pas aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même, qu’il faut apprendre à s’aimer…
C’est super de s’aimer soi-même (on ne parle bien sûr pas de narcissisme pathologique mais d’un amour sain). La vie est bien plus agréable à vivre quand on s’aime.
Mais comment on fait quand on vit dans un système qui fait tout pour nous déconnecter de nous (parce que comme ça on achète plus, et on fait vivre le capitalisme), pour nous faire douter de nous, qui nous attaque dès qu’on déborde du cadre ?
Qui nous inculque d’outrepasser nos limites pour faire plaisir à autrui (ça commence par des trucs aussi apparemment anodins que « fais un bisou à papi ») ?
Qui nous fait taire dès qu’on a une colère légitime à faire entendre (aucune allusion au mouvement des lycéens bien sûr 😉
Un système, donc, qui nous met dès l’âge scolaire en comparaison les un·es avec les autres, à travers une logique de punition/récompense.
Forcément quand t’es en haut du classement et que tu rentres dans le cadre, c’est plus facile de te sentir approuvé par le groupe, et d’avoir un semblant d’assurance.
Mais cette assurance est-elle un véritable amour de soi ?
Comment on fait (pour s’aimer) quand grandir dans un tel système nous a meurtri·e, et morcelé·e de l’intérieur ?
Et maintenant, pour se placer sur le marché du travail ou de la séduction, il faudrait avoir de l’assurance, de la confiance en soi, s’aimer et ne surtout pas se perdre dans l’autre ?
Alors, quand j’entends qu’il faut s’aimer (comme une case de plus à cocher pour correspondre à ce que la société attend de nous), ça me rend folle.
Ça me rend folle parce que notre conditionnement collectif ne nous en donne pas les moyens.
Et en plus il faudrait y arriver par soi-même ?
Alors qu’il est évident que ça passe par le lien, qu’on ne peut pas le faire tout seul.
Le bébé se construit sous le regard de son « caretaker » et dans l’amour.
Et s’il en a manqué, l’adulte qu’il deviendra aura besoin à un moment d’un regard humain qui voit (avec bien-veillance) qui il est, qui le considère et qui l’écoute.
On reçoit d’abord, pour goûter à ce que c’est AVEC un·e autre en chair, en cœur et en os, avant de pouvoir S’aimer.
Alors si tu es adulte et que tu prends la responsabilité d’initier cette démarche : ne t’en veux pas si tu t’y es attelé·e seul·e avec des videos ou des livres de dev. perso et que ça n’a pas suffit. On ne remédie pas au désamour de soi avec des outils visuels et intellectuels.
Voilà les contextes qui m’ont été les plus bénéfiques pour apprendre à m’aimer, vois si certains pourraient te correspondre et surtout… trouve ce qui marche pour toi!
🤎 interragir avec des groupes safe (et pas parce qu’ils se décrètent safe mais parce que tu t’y sens safe!), des groupes où une autre culture d’être ensemble se déploie, où on peut poser sa parole et se sentir autorisé·e à exister vraiment : cercles de paroles, espaces de formation…
🤎 avoir un cercle d’ami·x
🤎 éviter les milieux trop toxiques (et se donner la permission de fuir)
🤎 s’entourer de gens qui s’aiment ! Because une voie rêvée pour apprendre, c’est l’imprégnation
🤎 se former : la CNV par exemple, pour découvrir qu’on a des besoins légitimes et que nos émotions sont des signaux qui nous renseignent sur ce qui se passe dans notre monde intérieur
🤎 et bien sûr se faire accompagner… pour comprendre que nos comportements, même quand ils craignent, sont une stratégie que notre système choisit avec pertinence (et devine quoi, arrêter de se juger, c’est déjà s’aimer un peu!). Pour réintégrer des parts de nous qu’on a jugées et détestées.
Trouve ce qui marche pour toi, si tu en ressens le besoin.
Mais n’en porte pas la responsabilité seul·e si tu n’y arrives pas.
Ça ne devrait pas être un projet de développement personnel, mais un projet de société.
Photo de Nastia Petruk sur Unsplash


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